Alors qu’une nouvelle génération de créateurs africains s’efforce de donner vie à des récits profondément enracinés dans leurs cultures, les stratégies des géants mondiaux du divertissement soulèvent de sérieuses questions sur la survie et la visibilité des écosystèmes locaux. L’Afrique, un continent jeune et en pleine croissance, représente un marché colossal pour le contenu jeunesse, mais c’est aussi un terrain où se joue une bataille pour la narration et l’identité culturelle.
Warner Bros. Discovery : L’Offensive du “Gratuit”
Le 1er juillet dernier, Warner Bros. Discovery a lancé sa toute première chaîne de télévision gratuite en streaming (FAST) dédiée au jeune public, en partenariat avec la plateforme StarzOn d’Etisalat. Cette initiative offre un accès continu à des classiques intemporels comme Tom & Jerry et Scooby-Doo, ciblant un public mondial avec un accent particulier sur la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord). Pour Sean Gorman, vice-président des réseaux de télévision payante pour enfants EMEA, ce lancement est “une étape importante dans notre engagement auprès de nos plus jeunes fans”.
Si l’accès gratuit à ces superproductions internationales est une aubaine pour de nombreux foyers, il pose une question cruciale : quelle place restera-t-il pour les créations animées locales face à cette puissance de frappe ? En Afrique du Nord, des studios égyptiens comme Hashtag Studios (El Mahmia) et marocains tels qu’Artcoustic (Histoires marocaines) s’efforcent de raconter des histoires locales avec des outils modernes, valorisant ainsi leur patrimoine culturel. Pourtant, ces studios africains luttent avec des budgets limités et un accès restreint aux grandes plateformes, créant un déséquilibre flagrant face aux catalogues cultes et aux budgets colossaux des multinationales. Sans quotas ou mécanismes de soutien, ces chaînes FAST pourraient, paradoxalement, marginaliser davantage la production régionale.
Disney : La Stratégie Hybride de l’Investissement Local
Heureusement, tous les géants n’adoptent pas la même approche. The Walt Disney Company, par exemple, mise sur l’investissement dans des créations originales locales. La récente nomination d’Angela Jain à la tête des contenus de Disney+ pour la région EMEA, effective en septembre 2025, témoigne de cette ambition. Eric Schrier, président de Disney Television Studios, a souligné que son expertise visait à “proposer à nos abonnés davantage d’histoires locales”.
Cette stratégie se concrétise déjà avec des productions telles que la série d’animation Iwaju, fruit d’un partenariat innovant entre Disney+ et le studio panafricain Kugali Media. Cette collaboration est un exemple prometteur de la manière dont les partenariats peuvent enrichir l’offre de contenu tout en mettant en lumière les talents et les récits africains.
Avec un marché de l’animation en Afrique évalué à 13,3 milliards USD en 2023 et projeté à 17,8 milliards USD d’ici 2032, les enjeux sont énormes. L’Afrique a une opportunité unique de bâtir une industrie culturelle forte, portée par ses propres récits. Reste à savoir si les mécanismes de protection et d’inclusion seront suffisants pour garantir que cette croissance bénéficie réellement aux créateurs du continent.
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