Lussas 2026 : Tahar Chikhaoui décrypte les trajectoires du cinéma documentaire tunisien
À l’occasion de l’édition 2026 des États généraux du film documentaire de Lussas, rencontre phare dédiée à la création documentaire internationale, une place d’honneur a été accordée aux réflexions croisées sur la mémoire, l’histoire et les écritures du réel en Afrique du Nord. C’est dans ce cadre privilégié qu’un entretien approfondi a été mené avec Tahar Chikhaoui, figure majeure de la critique cinématographique et de la pédagogie filmique en Tunisie.
Né en 1954 et formé à l’École normale de Tunis, Tahar Chikhaoui a consacré une grande partie de son parcours universitaire et intellectuel à l’enseignement de la littérature française, de l’histoire du cinéma et de l’analyse filmique à l’université de La Manouba. Fondateur de la revue spécialisée Cinécrits et membre éminent de l’Association tunisienne de promotion de la critique cinématographique, il demeure un observateur privilégié des mutations esthétiques et politiques du 7e art dans le monde arabe et sur le continent africain.
Lors de cet échange à Lussas, l’universitaire est revenu sur les fondements et l’évolution de la création documentaire tunisienne. Historiquement perçu comme un espace de résistance face aux discours officiels et à la censure, le cinéma documentaire en Tunisie a connu un virage décisif à partir de 2011. La liberté de parole conquise a permis l’émergence d’une jeune génération de cinéastes soucieux d’explorer des territoires intimes, sociaux et patrimoniaux jusqu’alors invisibilisés.
Tahar Chikhaoui souligne la maturité formelle atteinte par ces récits contemporains, qui dépassent le simple témoignage militant pour embrasser une recherche esthétique exigeante. L’analyse met en lumière la porosité féconde entre le travail d’archive, le regard anthropologique et la poésie du réel, des éléments qui confèrent au documentaire tunisien sa singularité dans les festivals internationaux.
Pour la communauté cinématographique africaine et la diaspora, les perspectives partagées par Tahar Chikhaoui résonnent comme un plaidoyer pour l’archivage, la critique indépendante et la transmission intergénérationnelle. Dans un paysage audiovisuel en constante mutation, la transmission des compétences et la conservation de la mémoire filmique apparaissent plus que jamais comme les piliers de l’autonomie culturelle du continent.
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